J’étais entrain de finir un « large coffee with milk » encore fumant dans un grand gobelet blanc, en descendant un escalator.
Et là, juste derrière moi, deux marches plus haut, je l’entend d’abord sans le voir : « L’odeur de ce café est délicieuse ». Je me retourne, je lui souris. Il rajoute : « On dirait du café maison ». Je lui resouris. « Je me fais souvent du Nescafé à la maison ». Je pense, il est vraiment British !...
On arrive au bas de l’escalator. Il me reste un fond de tasse. Je luis dis : « Do you want some ? ».
Et là, je me dis qu’il va vraiment penser que je suis « completely mad ». Et pourtant, à cet instant, je ne sais pas encore qu’il s’agit de Monsieur Jean...
Mais, non, ... il accepte mon gobelet blanc, avale de bon cœur les deux doigts de café qui restent et me remercie chaleureusement. Il rentrait chez lui et pensait déjà au café qu’il allait se faire...
Et là, j’aperçois ses deux médailles.... WWII - Veteran.....
Génial ! Enfin !...
Jusqu’à présent, je n’avais réussi qu’à remercier indirectement le père d’une amie anglaise pour ce que les anglais ont fait pour nous, les français, pendant la guerre. Et d’ailleurs, il avait beaucoup apprécié...
Là, enfin, j’étais devant un vétéran, un vrai, aux yeux pétillants et au sourire charmeur.
Et là, sans transition, je lui dis : « Merci. Merci. Merci. En tant que française, j’attends ce moment depuis longtemps. Pouvoir vous remercier du fond du cœur d’avoir contribué à libérer la France en 1944 ».
Puis, lui aussi, me dit merci de mes mercis... Ca l’a touché.
Et on commence à bavarder. On prend la même ligne de Métro dans des directions différentes. Trop bête.
On continue à bavarder un moment à l’intersection de la Northbound et de la Southbound...
Il habite à Eléphant and Castle... J’ai vite l’intuition qu’il faut faire prolonger ce moment. Tant pis pour ce que j’avais prévu.
Le bruit des rames qu’on laisse passer nous gêne pour nous comprendre. Alors, pensant très fort à mon faux grand-père que j’aimais tant et dont j'aimais tant écouter les histoires de guerre, je lui propose : « Vous ne voulez pas un café ? Enfin, un café entier ? ». Il me dit OK....
On rebrousse chemin, et dans l’escalator, en remontant, à l’anglaise, enfin plutôt à l’écossaise, il me serre la main et me dit : « My name is Ian » « Pardon me ? » « Ian » répète-t-il. « Ian, it is John in gaelic, I am scottish ! ».
Plus de doute, c’est bien Monsieur Jean...
Et je retourne m’asseoir pendant plus d’une heure à la « terrasse » où je venais d’acheter le premier café...
Je le bombarde de questions sur la guerre.
Il est arrivé à Arromanches à D+5...après être resté trois semaines sur la côte et plusieurs mois mobilisé près de Guilford. A peine arrivé, en France, son ami Ken tire sur un avion ennemi. L’avion prend feu. Le pilote allemand est éjecté du parachute. Il tombe non loin d’eux. Ken lui dit : « Tue le ». L’allemand grelotte. De froid. De peur.
Monsieur Jean s’approche. Il ne peut pas.... L’allemand sera fait prisonnier et emmené quelques jours plus tard, la vie sauve, en Angleterre. Il a bon cœur, Monsieur Jean.
Puis, il m‘emmène avec lui à Caen, à Falaises. Au début de la guerre, il était sur une moto à l’arrière, derrière les tanks. Après la fin de la guerre, c’est lui qui conduisait les tanks. C’est peut-être pour cela que ses blessures de guerre se « résument » à un pouce déformé et le bas du dos un peu toujours mal en point, car deux bouts de ferrailles s‘y sont encastrées après l’explosion d’une mine.
Puis, il m’embarque pour la Belgique, la Hollande. Et enfin Lübeck et Hambourg.
Le traquage des nazis dans la forêt... Les prisonniers conduits à Nuremberg....
Puis, le retour en Ecosse, en 1947. La vie reprend son cours. Comme avant la guerre. La joie de revoir des femmes. Les bals. Où les hommes étaient d’un côté, les femmes de l’autre. On allait inviter une demoiselle pour une danse. Et, on la reconduisait à sa place. C’était différent. Pas comme maintenant. On écrivait ses lettres d’amour sur du papier à lettre. Il les a toujours. Il les relit encore, j’en suis sure…
Le truc, c’était de se débrouiller pour avoir la dernière valse avec celle qu’on avait repérée. « Ah bon, pourquoi ? » Parce qu’ainsi, on avait toutes les chances de pouvoir la raccompagner chez elle.... « C’est comme ça que vous avez rencontré votre femme ? » Oui, me dit il l’œil coquin. Mais, il ne se souvient plus si elle lui avait accordé la dernière danse....
Ce week-end, c’était son anniversaire...
Alors, sa fille, demain, lui offre une heure de conduite d’un tank....à Norfolk !
Il y vraiment (des gens), oups, des Jean, qui fêtent leur anniversaire de façon plutôt inattendue....
Puis, il m’a dit : « Et vous, c’est quoi votre histoire ? ».
Moi, c’est vrai qu’il vaut mieux me poser des questions, sinon, je suis capable de passer de heures à écouter les réponses aux questions que je pose...
Et là, je lui ai raconté ma vie. Enfin, surtout l’essentiel. Ce qui compte vraiment pour moi.
Même si j’ai quand même glissé que j’étais un peu actrice aussi, quand il m’a dit qu’il avait sa photo avec Brigitte Bardot....
Déjà, c’était fort, cette histoire là. Mais, là, j’ai cru rêver...
Au fait, suffit-il de s’appeler Monsieur Jean pour aussitôt rencontrer l’actrice la plus en vue du moment ?
N’est-ce qu’une question de prénom ?...
Non, parce que si c’est ça, moi, je suis prête à changer Charlotte en Mademoiselle Jeanne...
Monsieur Jean, malgré ses histoires poignantes sur la guerre, aurait-il donc aussi un côté superficiel voire show-biz ? Faut croire. Et il assume bien. Tout le monde ne parle pas de sa photo avec BB - quand on a la chance de l’avoir-, dès la première fois, quand même !
Il m’a montré le porte-clefs souvenir du 60ième anniversaire, au mémorial de Caen, avec la reine.
Et il m’a dit « You made my day ! ». Et pas que ça.
Ca pourrait faire une autre histoire, d’ailleurs.
Mais, ce billet est déjà bien assez long. Je ne voudrais pas vous ennuyer.
Il m’a dit aussi qu’il voulait me revoir. Je lui ai dit top là !... mais pas avant le 10 Juin....
Nous avons échangé nos coordonnées. Je lui ai dit que je viendrai bien chez lui voir les photos. Les coupures de journaux. Et tutti quanti.
Voilà, si vous voulez en savoir plus sur l’histoire Monsieur Jean, vous pouvez aller
là.Toute ressemblance avec d’autre personne portant le même pseudo étant évidemment gnagnagna gnagnagna gnagnagna.....